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Éric de la Noüe
La première minute
2011-12-01 - PSYCHOLOGIE
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La confiance aux gouvernements engendre la dependance

Une étude en psychologie sociopolitique nous aide à mieux comprendre le bonheur des ruminants

La meilleure façon de faire confiance à un gouvernement c'est de rester ignorant. Une étude canado-américaine conduite en 2010 et 2011 vient d'en faire la démonstration.

Steven Shepherd, un étudiant gradué de l'Université de Waterloo en Ontario, et Aaron Kay, de l'Université de Duke, Caroline du Nord, ont voulu explorer les mécanismes du «bonheur de l'ignorance» concernant les questions sociopolitiques.

Leur conclusion en une phrase? Plus la situation est importante et complexe, plus les gens veulent en rester ignorants.

C'est un choix calculé, celui d'une abdication du pouvoir décisionnel et de la responsabilité envers une instance supérieure, le gouvernement, et plus le niveau de dangerosité est élevé, plus les individus seront déterminés à n'en rien savoir.

Face à des enjeux complexes, le cerveau humain est remarquable par son potentiel. Une partie appréciable de la population sera capable de décoder les signes d'un danger mais n'aura rien de mieux à faire que de se mettre la tête dans le sable aussitôt.

Mais le problème n'est pas que la peur. C'est le sentiment d'impuissance.

Plus c'est grave, moins vous serez écouté et plus les gens s'en remettront au gouvernemaman

L'étude, à partir de cinq mini-études faites auprès de 511 sujets américains et canadiens, est particulièrement intéressante dans la mesure où les participants ont été confrontés à des questions d'actualité pouvant les toucher directement: le ralentissement de l'économie (lire récession), l'énergie, et l'environnement.

Dans l'une d'elles, pour mesurer les liens entre dépendance, confiance et évitement, les chercheurs ont fourni aux participants soit une description complexe soit une description simple d'un problème lié à l'économie. Les participants ayant eu droit à la description complexe ont démontré un sentiment d'impuissance plus grand face à la récession. Ce sentiment d'impuissance s'est ensuite traduit à la fois par un désir accru de s'en remettre au gouvernement pour solutionner le problème et d'en apprendre le moins possible sur la question.

Ce que le travail de Messieurs Shepherd et Kay tend à démontrer, c'est que l'importance de tout message catastrophique ou apocalyptique doit être minimisée et que celui-ci doit être simplifié auprès de la majorité s'il veut avoir des chances de passer, avec une emphase claire sur des enjeux locaux et personnels.

La solution passe par la compréhension de la nature humaine

Figue 1, selon Stephen et Kay.

Le lecteur sera sensible à l'ironie. Plus les enjeux leur paraîtront complexes et menaçants pour eux, plus les individus refuseront d'en entendre parler. Concrètement, pour toute situation d'urgence dramatique, ça rend à peu près impossible de soumettre à la population des faits allant à contre-courant d'un «dormez sur vos deux oreilles, votre gouvernement s'en occupe pour vous».

Pour le lecteur avisé, voilà le problème. Et, pardonnez le pléonasme, peut-on aller contre nature en matière de nature humaine?

Si la psychologie n'est pas un domaine familier pour vous, je vous recommande également d'en apprendre un peu sur le concept «d'impuissance apprise», où les individus sont programmés à se croire incapables d'influer sur leur sort.

Certaines gens ont des comportements de moutons, et leur ego n'est pas assez solide pour leur permettre de faire la distinction entre avoir de tels comportements et être réellement un mouton. Alors, non seulement il est dangereux de leur dire qu'ils ne sont pas beaux, il faut aussi leur dire que la vie est belle.

En contrepartie, d'autres gens sont des chiens de berger. De plus, il faut tenir compte du poids de l'histoire et l'importance de la Vérité.

Deux niveaux d'action et une erreur à éviter

Ce que je suis en train de vous dire, c'est que n'importe quel travail de sensibilisation à un problème doit se faire à deux niveaux tout en en fuyant un troisième.

1. Le problème doit être minimisé et présenté avec les aspects affectant le public de la façon la plus personnelle possible. Ce problème doit en être un de proximité.

2. La vérité toute nue doit tout de même être présentée avec intégrité à ceux ayant la capacité d'agir et, aussi, dans le respect de l'histoire avec un grand H et des générations futures.

3. Le discours de «casseux de party» doit être évité à tout prix.

Conclusion

Le plus grand combat à livrer, c'est celui contre la peur et la peur de l'impuissance. Pour une société privilégiant le libre arbitre, ce combat est perpétuel parce que la nature humaine ne change pas.

C'est un choix de société. Voulons-nous faire collectivement de nos enfants du bétail ou des êtres humains?

Mais cet enjeu est trop large, trop abstrait. Le combat contre la peur doit d'abord se livrer dans chaque maison, chaque famille.

En attendant, pour ceux qui n'ont PAS peur, ou sont capables de la dominer, leur lutte doit respecter la nature humaine telle qu'elle est - s'ils veulent triompher.

Une fois de plus, mes amis, il n'y en a pas beaucoup de faciles dans la vie.

Rire, ai-je réussi à vous présenter ça de façon assez simple?

On s'en reparle.


Éric de la Noüe


© 2011, Éric de la Noüe. Tous droits réservés.

Commentaires: eric@lapremiereminute.ca

ADRESSE À TWEETER: À Confirmer

LIENS

American Psychological Association 2011-11-21

Ignorance Is Bliss When it Comes to Challenging Social Issues | PDF Étude

NOTES

Le 23 novembre 2011, Psychomédia a publié un texte sur l'étude, en français.

Comment certains font confiance aux gouvernements et deviennent plus dépendants de ceux-ci

L'impuissance apprise résumée sur Wikipédia.

BIEN NOMMÉ?

Steven Shepherd? En anglais, «shepherd» signifie berger.


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