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Une carpe, si belle dans son étang
Éric de la Noüe
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Caricature d'un toréador en complet
2011-11-26 - POLITIQUE
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Le vrai piège caché dans le programme de la CAQ

Le plan d’action de Monsieur Legault est très astucieux.
Les tenants de la droite au Québec tomberont-ils dans le panneau?

Nous parlons aussi du Code de Vinci, d’Audrey Tautou, et Yvon Deschamps est nommé conseiller politique.

Lettre ouverte aux tenants de la droite au Québec.

Mesdames, Messieurs,

Je viens de parcourir le Plan d’action de la CAQ. J’y ai trouvé un piège pour les partisans de la droite. Je le trouve brillant. Sur une échelle de danger allant d’un à dix, c’est onze. Il est possible qu’il ne soit pas prémédité. Mais à ce stade, ça compte peu si on ne le comprend pas. La clé est dans le contexte et son timing.

Nous avons toutefois un autre problème.

The Medium is the Message

Englobé dans ce contexte, le problème des limites du médium. Nous analysons le monde à travers des fragments d’information sur des téléphones intelligents ou des écrans d’ordinateur qui nous font mal aux yeux tard le soir. Bref, je ne peux pas vous décoder ça en cent quarante caractères sur Twitter ou en un message instantané envoyé sur votre iPhone ou Blackberry. C’est un outil merveilleux, Internet. Mais se taper une couple de pages de texte sur une page Web, ça peut sembler longuet. Les plus vieux, vous rappelez-vous Cité libre, Perspectives et Le Jour, dans le temps où la musique était de la musique? Mais ce temps n’est plus, genre maintenant que vous êtes à me lire.

Si vous êtes comme moi, votre réflexe sera d’imprimer cette page Web ou le PDF pour analyse en prenant une brioche et un café. Parce que j’ai un beau Code de Vinci pour vous. Je ne suis pas Dan Brown et suis un peu moins mignon qu’Audrey Tautou, mais êtes-vous game? Cependant, si vous n’avez pas lu Le Code de Vinci, vous avancez désormais à vos risques et périls.

Un comique devient malgré lui conseiller politique de François Legault

Au Québec, la plupart des programmes de partis politiques sont pénibles à lire. C’est le beurre et l’argent du beurre, l’importance d’agir sous le signe du changement dans la continuité, dans un français fluide comme de la mélasse verte. Québécois, vous êtes beaux et je vous ai compris. Il nous faut un Québec indépendant dans un Canada fort.

Bon, ça c’est un discours qui marche avec votre voisin mais je m’adresse à un lectorat moins naïf. Le Québec indépendant dans le Canada fort, c’est une phrase d’Yvon Deschamps, pour une époque où la question était voulez-vous l’indépendance.

«Quoi, quoi, quoi? Quitter la maison? Avez-vous perdu la raison?»

«Madame, Monsieur, nous avons aussi la souveraineté-association en promotion cette semaine. C’est quand même comme quelque chose de grand mais moins cher. Et la garantie est meilleure.»

«Avez-vous une carte? On va y penser.»

À lire le Plan d’action de la Coalition pour l’avenir du Québec, j’ai l’impression qu’en y travaillant l’équipe de François Legault devait avoir la télé allumée pendant la rediffusion d’un spectacle d’Yvon Deschamps sur ARTV. Une reprise une fenêtre sur la fin d’une autre époque, celle où un rêve n’était plus mais que le patient était encore sous le choc, son corps encore plein de l’adrénaline de l’espoir. Yvon Deschamps était un artiste engagé qui croyait à un monde meilleur et que ce monde devait passer par l’indépendance du Québec. Un comique, Yvon Deschamps? Paraîtrait. Mais il était et demeure un formidable observateur de la comédie humaine. Vous comprendrez que, dans le temps d’un avant et d’un après référendum, il n’était pas homme à laisser ses convictions affecter la finesse de son regard. Elles lui donnaient simplement du mordant.

Monsieur Deschamps a dû avoir profondément mal de voir un peuple incapable de se brancher. Ici, je ne parle pas de tout un peuple. Les tenants du Non étaient-ils moins québécois? Non. Toutefois, à cette frontière où un oui hésitant se transforme en un non, à tort ou à raison, nombres de Québécois fatigués de l’Anglais ont refusé de montrer leur passeport.

Québécois, je vous ai compris.

Mais, Monsieur de la Noüe, ce n’est pas supposé être un texte sur un piège caché dans le programme de la CAQ, cela? Auriez-vous pris des stupéfiants?

Oui, et sans façon, merci.

Quand François Legault écoute Yvon Deschamps en reprise sur ARTV, ce n’est pas pour les tenants d’une droite québécoise

Le Plan d’action de la CAQ me fait penser à une reprise présentée sur une chaîne spécialisée… à minuit moins cinq. C’est ce beurre et son argent qui sont le menu politique servi aux Québécois depuis des décennies par le Parti libéral et le Parti québécois. Le repas est pourtant fait du même animal, il n’y a que la coupe et les assaisonnements qui changent. Les Québécois n’ont pas envie de l’indépendance ? Très bien. Mais voilà un demi-siècle qu’ils confient leur sort à des gouvernements interventionnistes.

Je sais que vous savez que le Parti libéral n’est pas un parti de droite. Quand on l’époussette, il ressemble au Parti québécois. Mais, à ce stade, ce n’est pas une perception majoritaire. Moi, je pense que comme Yvon Deschamps un lendemain d’arrache-coeur, François Legault et son équipe nous ont compris. Le Québécois moyen commence à ressentir un malaise face à la politique et un malaise tout court. Mais il n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Il aimerait que ça change mais l’état est depuis cinquante ans la maman qui console et guérit.

Le Modèle québécois est une mère prodigue, un gouvernemaman qui paye à ses enfants des iPhone et des passes d’autobus avec l’argent de leurs études universitaires. Ainsi pense le Québécois moyen, à tout le moins. Il serait plus juste de dire que ce sont les enfants des générations X et Y qui ont payé un méchant party aux baby-boomers et leurs parents. Autrement, les p’tits d’aujourd’hui ils rouleraient tous en Volkswagen.

Il est désormais flagrant que Monsieur Legault n’a pas claqué la porte du Parti québécois sur un coup de tête. Je pense aussi qu’il ne se contentera pas du seul fait d’avoir été fidèle à ses convictions. François Legault et son équipe sont dans l’arène pour remporter le Prix. Et pour séduire, à l’automne 2011, le contexte ne se prête pas à un discours où il faut choisir entre beurre et argent. Il pourrait changer plus vite que certains imaginent mais le fruit n’est pas mûr. Pour devenir Premier ministre, mordre dedans tel qu’il est aujourd’hui équivaudrait à se casser les dents.

À l’automne 2011, la seule façon de rester haut dans les sondages, c’est de proposer une gauche «efficace».

L’est-elle?

Vignettes d’une gauche inefficace? On démêle des affaires.

Monsieur Legault se réclame d’une gauche efficace, capable de reprendre le contrôle des finances publiques tout en maintenant à un niveau élevé l’interventionnisme de l’État. Ici, il faut départager trois éléments.

Un, une vision de la société où l’état est l’acteur dominant.

Deux, la CAQ sera-t-elle oui ou non «efficace» dans la réalisation de cette vision?

Trois, la CAQ prendra-t-elle oui ou non les meilleures mesures pour reprendre le contrôle des finances de l’état québécois et de son hallucinante dette?

Une vision de la société où l’état est l’acteur dominant

François Legault et les partisans de la CAQ pensent que la solution au problème passe par un état touche-à-tout. Au point où en est la situation au Québec, je suis convaincu du contraire. Je pense que le Québec va avoir besoin d’un gouvernement fort, dans le sens d’avec une colonne vertébrale, avec le courage de mettre fin au party de certains s’il veut être capable de mettre un peu de chair sur l’os de la pauvreté, le vrai, celui des sans voix et de tous ces autres êtres humains touchés par le doigt du destin. De plus, pour la classe moyenne, le mouton n’a plus de laine, juste une carte de crédit défoncée. De l’argent, mes amis, il n’y en aura plus des masses à distribuer prochainement. Monsieur du Banquier va présenter sa facture et sera moins intéressé à faire crédit. On parie?

En conséquent, tous ces lobbys prêts à réclamer des hausses de salaire en se réclamant des pauvres pour s’offrir petits fromages, une maison et deux voitures, si vertes soient-elles, ils seront bientôt à marcher dans la rue pour exiger qu’on s’occupe de la pauvreté… la leur.

Au niveau de mes convictions, je suis aussi un de ceux à croire que je n’ai pas besoin d’un gourvernemaman à me dire ce que je peux faire ou ne pas faire tant que je fiche la paix à mon voisin. Je ne veux pas d’un état tellement sûr de mon bien qu’il est prêt à me l’imposer à mon corps défendant. Avez-vous une cigarette?

N’en demeure pas moins, c’est une vision de l’état. François Legault, la CAQ, et tous les gens prêts à y souscrire en ont le droit. L’esprit de la démocratie, c’est ça, un débat où la meilleure défense contre une idée est une autre idée.

La CAQ propose-t-elle une gauche efficace? On s’approche du piège.

Nous voilà devant le piège. Il y a un petit bout de fromage, là, et nous le voyons tous clairement: c’est la nature de la gauche telle que vue par la CAQ. Efficace? Ne tombons pas le panneau, ce fromage nous le laisserons là. Mais le problème est que la détente du piège n’est pas cachée sous ce bout de fromage.

C’est un leurre.

Si le piège n’est pas la nature d’une gauche version CAQ, quel est-il ? Ha, ha. Quelque part vers la page soixante-seize de la version poche du Code de Vinci, vous aviez compris qu’Audrey Tautou était parente avec le petit Jésus.

Me voyez-vous venir?

La CAQ est-elle capable de reprendre le contrôle des finances publiques?

Voici le troisième élément à départager. On peut adhérer à une vision interventionniste de l’état tout en se préoccupant sincèrement de la dette du Québec. La «solidarité», il faut quand même avoir les moyens de la payer.

Avez-vous lu l’excellent Éloge de la richesse d’Alain Dubuc? Monsieur Dubuc défend un argumentaire où, pour qu’une redistribution de la richesse soit possible, il faut d’abord que richesse il y ait. Ici, je n’ai nulle envie de tenter de vous résumer sa pensée. Je vais me limiter à vous dire qu’elle est nuancée tout en étant présentée avec rigueur.

Mon point est simple:

Un, le trou noir qu’est devenu les finances publiques n’est pas un enjeu de gauche ou de droite. Il menace la société dans son ensemble.

Deux, c’est toutefois aux tenants de la gauche de s’interroger sur la nature des fleurs du tapis du Plan d’action de la CAQ, pas à la droite.

On y est.

Master and Commander :

Quand le navire est en train de couler, ce n’est pas le moment de regarder aux jumelles la frégate de l’ennemi

L’Action démocratique est aux prises avec un schisme intérieur. Devrait-elle fusionner ou non avec la coalition de François Legault? Dans Union ADQ-CAQ: Le marié est-il le meilleur parti?, j’ai pris position: un vote pour l’ADQ c’est un votre pour l’ADQ. Dans Union ADQ-CAQ: Le regard des petits-enfants sur ces ministres de plus rien, j’ai affirmé que le Québec a besoin d’une droite, que la droite a besoin d’un vaisseau parce que, sans lui, ses partisans seront de vulgaires quémandeurs.

Au moment où je vous écris ceci, l’issue des pourparlers de fusion entre ADQ et CAQ est on ne peut moins claire. Pour ceux qui souhaitent la présence d’un parti de droite au Québec, il y a danger que le bateau soit sabordé ou vendu à l’ennemi.

L’Action démocratique est un parti politique reconnu, il dispose de la flopée habituelle de chartes et de statuts. Le navire prend l’eau mais il a quand même une existence physique et juridique. Dans combien de temps les prochaines élections provinciales? Aurions-nous suffisamment de temps pour dessiner et construire un nouveau vaisseau?

Je n’en ai aucune idée. Et vous?

Alors, pendant que le bateau prend l’eau et qu’il n’y a pas consensus parmi l’équipage, François Legault agite un programme qui n’en est pas encore un. C’est un plan d’action en vingt points, rien d’autre. D’ici les élections, ces points sont sujets à moult révisions ou atermoiements… pour ceux qui lisent entre les lignes et écoutent la radio. On verra. Mais ne perdez jamais de vue que présentement les partisans de la nécessité d’un parti de droite au Québec sont comme le capitaine interprété par Russell Crowe dans le film Master and Commander, forcés de faire des miracles en mers ennemies avec des ressources limitées.

Forcés de gagner.

Vous êtes des corsaires, vous n’êtes pas nombreux, et François Legault sur son bateau est un toréador. Voyez-vous rouge? Savez-vous nager? Dans la mer, il y en a un qui est comme un poisson dans l’eau à vous attendre. Il a de bonnes dents.

Si j’étais Jean Charest, je déclencherais des élections le plus vite possible. Au printemps 2012? Techniquement, le printemps commence dans moins de quatre mois. Un scénario où Monsieur Charest serait à nouveau fait Premier ministre du Québec ne relève pas de la science-fiction. Idéalement, je m’arrangerais pour que l’affaire soit dans le sac avant la Saint-Jean-Baptiste. Autrement, le contexte risque de basculer si rapidement que n’importe lequel des partis en présence, Québec solidaire excepté, pourrait mettre la main sur le Prix. Et ça inclut une ADQ qui serait toujours vivante. Le PQ? Oui. Je n’ai jamais été aussi sérieux.

Ministres de rien ou députés de tout? Peut-être bien plus que députés. Prenez le temps d’y penser. Parce qu’il y a urgence.

Le Québécois moyen est-il à ronfler? Je le crois. Mais peu importe nos travers collectifs, nous ne sommes pas plus bêtes que d’autres. Comme le reste de l’Occident, nous nous sommes simplement débranchés de la chose politique, le nez trop près d’une vitre que j’appelle la culture de l’abrutissement.

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Ce texte a été publié une première fois en exclusivité dans Contrepoids le 26 novembre 2011.

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